Par Pierre LORENTZ Vice-Président de l’association des AMAMCS Amis du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, le 8 avril 2024.
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« Il est, dans nos existences, des rencontres heureuses, lumineuses et bienveillantes. Ma rencontre avec le Dr Pierre Kieffer fut l’une d’entre elles.
Tous deux Amis du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, nous nous étions croisés, avec son épouse, à l’occasion de plusieurs journées ou voyages culturels. J’ignorais à l’époque son activité artistique.
C’est lors d’un voyage dans la région de Saint-Étienne et de Lyon, par un glacial mois de janvier, qu’il évoqua sa peinture pour la première fois. Nous venions de quitter le Couvent de La Tourette conçu par Le Corbusier. Nous nous étions laissés aller à quelques confidences esthétiques sur ce lieu hors du commun. Il me demanda, en fin de discussion, presque avec hésitation, si je pouvais être intéressé de voir ses toiles. Ce fut pour moi une grande joie.
Quelques mois plus tard, j’ai été invité à découvrir son œuvre. Le lieu de notre rencontre fut l’atelier, son atelier : le lieu le plus secret, le plus intime de la création. En présence de son épouse, de Malcolm Stuart et de Pierre Fickinger, Président des Amis du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, cette visite fut pour moi inoubliable. J’ai ressenti en ce lieu une sorte d’épanouissement intérieur.
L’atelier, lieu d’expérimentation et d’expression, fut d’abord, je crois, un espace d’apprentissage où le médecin est devenu artisan avant d’être artiste. Les deux grandes pièces, précédées d’une importante bibliothèque, présentaient un grand nombre d’œuvres : au sol, le long des murs, sur les murs, sur les tréteaux, tables ou buffets. Si nous pensons immédiatement à ses grandes huiles sur toile, le médecin-artiste ne se limitait pas à ce médium. Acrylique sur vélin, acrylique sur photographies, empâtements de peinture, aquarelle, encre sur papier ou pastel sur carton montraient une maîtrise aboutie des supports et de leur matière.
Le Dr Pierre Kieffer dévoila ses toiles, ses papiers, ses cartons, les déplaçant sous différentes lumières pour nous offrir le recul nécessaire à leur pleine appréhension. Il le faisait avec une grande humilité, soucieux de nos premières réactions.
Son œuvre, marquée par un expressionnisme abstrait intense, se distingue par des couleurs vives et des grands tracés, donnant un rythme assuré et une dynamique fulgurante. Une force sous-jacente, en mouvement, irrigue ses toiles. Des figures protéiformes, presque figuratives, s’animent, se confrontent, parfois s’affrontent dans des tensions colorées. La peinture devient son alter ego, comme il le disait lui-même : « Parfois, c’est comme si le tableau, soudain, prenait la main et qu’au final, c’est lui qui vous dirigeait ».
Une fois presque achevée, chaque œuvre recevait un titre, une ultime impulsion pour en éclairer la compréhension. Son bagage intellectuel et ses réflexions, y compris professionnelles, transparaissent dans des thèmes récurrents : le monde médical, le rêve, le portrait, la musique, les paysages et les natures mortes. Citons En Rêve, Champ onirique, Ça conte, Il était encore une fois, ou encore Hommage à James Ensor, Partitions, Quintet, The Pianist, Danse au parasol, Javanaise, Rock and Roll.
En homme de grande culture, il explorait sans cesse l’énigme de la peinture, comme il le confiait : « J’étais entré en peinture comme dans une énigme ». Son œuvre, longtemps secrète, a été révélée grâce au soutien inconditionnel de son épouse Renée. Les Amis du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg ont été sensibles à ce temps d’échange fécond organisé parmi ses œuvres, unanimement apprécié.
Reconnu Artiste indépendant d’Alsace et exposé dans plusieurs galeries à Strasbourg, la pleine reconnaissance de son œuvre se poursuivra, à n’en pas douter, dans les années à venir. Parmi ses créations, Beautiful World, une toile en vert vif, porte toute l’espérance du monde.
Infiniment merci à vous, Dr Pierre Kieffer, pour ce don généreux, laissé à nos yeux et à nos consciences. »