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Pierre Kieffer.

En avril 2024, Pierre Kieffer disparaît brutalement, après une existence nourrie de grandes passions : la psychanalyse, la musique, les livres, la photo, le design et, plus tardivement, les jardins. Il laisse derrière lui une œuvre picturale importante — plusieurs centaines de tableaux et collages — mais très peu d’écrits ou de commentaires sur sa démarche, qu’il commente peu.

Son activité plastique prend sa source à Aubure, après l’acquisition et la réhabilitation d’une ferme avec son épouse Renée. Ensemble, ils y ont rêvé et façonné un jardin remarquable. C’est ce lieu, rare et poétique, avec une première passion pour la photographie et le design qui ont constitué le terreau des premières expériences picturales de Pierre : observer la nature et les végétaux, préparer les sols, composer avec la lumière et les saisons… De cette expérience concrète est né le langage pictural auquel il a choisi de consacrer sa très brève retraite de psychiatre et psychanalyste.

Dans le secret de son atelier de la rue de Verdun à Strasbourg, Pierre peint alors sans relâche, ne montrant ses toiles qu’à Renée, leurs fils et un cercle d’amis restreint. Ce n’est que très tardivement, peu avant sa disparition, qu’il accepte de faire connaître ses œuvres.

Moments forts.

Inspiré par ses lectures, les beautés de la musique, du vivant et des paysages, Pierre Kieffer a livré son regard par la peinture et l’a préférée à mille mots.

Les origines

Pierre Kieffer naît en Alsace, dans une famille où sont cultivés les arts, et en particulier celui de la musique et de l'image. Sa mère, qui sera soprano à la cathédrale de Strasbourg pendant soixante-cinq ans, transmet à ses enfants le sens du rythme, du souffle et de l’harmonie. Son père, passionné de cinéma, filme la vie familiale en super-8, et certains de ses documentaires consacrés à la Libération sont aujourd’hui conservés aux Archives départementales. Son frère se passionne pour le dessin et son neveu pour la peinture. Son fils Fabrice deviendra musicien professionnel.

Voyages et photographie

A la Martinique où il séjourne de 1975 à 1976, Pierre développe sa passion pour la photographie. Il capte la lumière tropicale, les paysages, les instants familiaux. Il effectue lui-même ses tirages, travaillant avec précision les contrastes, les textures, le grain. Revenu en métropole, Pierre se passionne ensuite pour la côte de granit rose. Contemplatif et méthodique, il en photographie les paysages sculptés par les marées, les strates géologiques, les masses minérales, la lumière.

Du jardin aux installations

Dans les années 2000, avec Renée, Pierre réhabilite une ancienne ferme à Aubure, sur les hauteurs alsaciennes. Sur un terrain de 20 ares, ils conçoivent ensemble un jardin d’inspiration japonaise, pensé comme une œuvre d’art totale. S'y rassemblent plus de 400 variétés de plantes et d'arbres. La contemplation quotidienne du bassin, des tritons, des couleuvres d’eau ou des musaraignes devient un rituel méditatif partagé. Ce rapport à la nature, aux cycles et au silence devient une source profonde de la démarche picturale du peintre.

À Aubure, Pierre réalise des installations éphémères : assemblages de pierres, de branches et de végétaux, parfois inspirés du surréalisme ou de l’Arte Povera. Ces gestes, discrets et sensibles, jamais destinés à être montrés, révèlent un espace intérieur qui annonce déjà la naissance de son œuvre picturale. Peu à peu, la photographie recule. Le dessin puis la peinture prennent le relais, et Pierre s’engage dans une démarche plastique plus libre, plus intuitive, qui trouvera pleinement sa place dans la peinture.

Un atelier tenu secret

En 2003, Pierre acquiert un atelier rue de Verdun à Strasbourg, attenant à son cabinet de psychanalyste. Progressivement, il l’aménage pour en faire un espace de création lumineux qu’il gardera secret pendant vingt ans, connu seulement de quelques proches. Il y peint quotidiennement, accumulant toiles, collages et papiers sans jamais chercher à exposer. Dans ce silence volontaire, il développe patiemment son langage pictural, explorant gestes, matières et couleurs avec une constance rare.

Après plus de quarante ans de pratique psychiatrique et psychanalytique, Pierre prend sa retraite. Cet arrêt marque un basculement : la peinture devient son activité centrale, presque exclusive.

La 1ère exposition

En juin 2023, c'est la première exposition, le dévoilement. Pour la première fois, l’œuvre de Pierre Kieffer sort de l’ombre : à l’initiative du nouveau locataire de son cabinet, une exposition est organisée dans ces locaux. Ce moment est fondateur : ses toiles, longtemps invisibles, rencontrent un public ; la puissance de son travail apparaît ; son œuvre souterraine se révèle enfin.

Disparition

En avril 2024, Pierre Kieffer s’éteint, laissant une œuvre ample et singulière, mais peu de mots pour l’accompagner. Après sa disparition, Renée Kieffer engage un travail de transmission pour la faire connaître. L’atelier devient un lieu de mémoire active : s'y rassemblent archives, expositions, témoignages et rencontres, pour que son travail continue de circuler et de se partager.

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