Par Valérie WALCH, journaliste des Dernières Nouvelles d’Alsace, extrait de son interview du 4 février 2024.
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[…] « À un certain moment, quand on peint, on a l’impression que les choses se mettent à vivre ensemble et on continue à peindre, précisément pour faire tenir ensemble ces morceaux disparates… Mais il doit rester quelque chose d’hétérogène dans un tableau. Picasso disait qu’il ne fallait surtout pas achever une œuvre, dans tous les sens du terme. Parce que l’achever, c’est un peu la détruire. »
Or, ce qui intéresse Pierre Kieffer, c’est l’incomplétude, la fissure, l’indicible, quelque chose de l’ordre du « bord du réel » aussi; une peinture abstraite, vivante, qu’il aborde comme « une expérience personnelle ». « Il ne faut pas être obstiné par le style et les formes convenues. Même dans le geste de la main, on doit se décaler de l’image et d’un certain académisme et tenter de créer autre chose », estime-t-il.
La peinture, pour lui, « c’est le rapport à quelque chose d’impossible, qu’on frôle, qu’on construit, qu’on déconstruit… Avec des aplats de couleur, des taches qui deviennent traits, et appellent à leur tour un autre trait, un autre mélange… »[…]